Les lieux improbables sont peut-être ton véritable marché

Les lieux improbables sont peut-être ton véritable marché

Et si tu trouvais de nouveaux débouchés en cessant de chercher uniquement des salles de spectacle ?

Introduction

Quand on cherche à diffuser un spectacle, le premier réflexe paraît évident : contacter les théâtres, les salles de spectacle et les festivals. Le problème, c'est que tout le monde frappe aux mêmes portes.

Pendant que les programmateurs traditionnels reçoivent des centaines de propositions, d'autres structures organisent elles aussi des spectacles : médiathèques, musées, offices de tourisme, lieux patrimoniaux, établissements éducatifs ou espaces de plein air.

Un conteur, par exemple, peut chercher une date dans un théâtre. Mais il peut aussi intéresser une médiathèque, un château proposant des animations estivales ou un office de tourisme souhaitant faire découvrir une légende locale.

Le spectacle n'a pas changé, c'est le regard porté sur son marché qui s'est élargi.

Et si ton véritable marché se trouvait justement là où tu n'avais jamais pensé à le chercher ?

Une scène n'a pas forcément des fauteuils rouges

Nous avons tous en tête une image assez précise d'un lieu de spectacle : une scène, des projecteurs, des fauteuils alignés, des loges et une régie mais une scène n'est pas toujours une scène. Une cour de château, une bibliothèque, un musée, une église, un jardin ou même une place de village peuvent devenir de véritables espaces de représentation. Tout dépend du spectacle que tu proposes et de ce dont il a réellement besoin pour exister.

Un duo acoustique, par exemple, qui voyage avec peu de matériel et peut jouer sans installation technique importante, possède un avantage considérable : il peut s'installer presque partout. Un monument historique qui organise des animations estivales devient alors un lieu de diffusion aussi intéressant qu'une petite salle de spectacle.

Cette manière de regarder ton spectacle change déjà ta prospection. Ne te demande plus seulement : « Quelles salles pourraient me programmer ? » Mais plutôt : « Dans quels espaces mon spectacle pourrait-il prendre vie ? »

Cette simple question peut faire apparaître quantité de lieux auxquels tu n'aurais jamais pensé.

Cherche ceux qui ont besoin de spectacle sans en faire leur métier

Un théâtre programme des spectacles. C'est sa fonction, et c'est donc naturellement vers lui que l'on se tourne lorsqu'on cherche des dates mais beaucoup d'autres structures ont elles aussi besoin du spectacle vivant, sans que la programmation soit leur activité principale.

Une médiathèque peut chercher à faire vivre la littérature autrement qu'à travers les livres. Un musée peut vouloir accompagner une exposition. Un office de tourisme cherche à animer un territoire. Une collectivité prépare une fête locale. Un établissement scolaire souhaite aborder un sujet d'une manière plus vivante. Dans tous ces cas, le spectacle devient un moyen au service d'un autre objectif.

Prenons une création consacrée à un personnage historique.

Elle peut naturellement être proposée à un théâtre. Mais si ce personnage est Victor Hugo, pourquoi ne pas regarder également du côté d'une médiathèque ? S'il s'agit d'Aliénor d'Aquitaine, certains musées, châteaux ou sites patrimoniaux liés à son histoire peuvent devenir des interlocuteurs beaucoup plus naturels.

La question n'est donc plus seulement : « Qui programme des spectacles ? » ellle devient : « Qui pourrait avoir besoin de mon spectacle pour servir son propre projet ? » Cette nuance élargit considérablement le terrain de prospection.

Ton marché ne se limite pas à ceux dont le métier est de programmer du spectacle. Il comprend aussi tous ceux qui peuvent utiliser le spectacle pour accomplir autre chose.

Ton sujet peut ouvrir plus de portes que ton genre artistique

Quand on cherche des lieux susceptibles de programmer un spectacle, on commence généralement par son genre artistique : théâtre, musique, danse, cirque, conte… C'est logique : on cherche les structures qui programment déjà ce type de propositions. Mais cette approche peut aussi limiter inutilement la recherche. Essaie de regarder ton spectacle autrement. Non plus seulement à travers ce qu'il est, mais à travers ce dont il parle.

Ton spectacle aborde-t-il l'histoire ? L'environnement ? La littérature ? Les sciences ? Le patrimoine ? L'enfance ? La mémoire ? Est-il lié à une région, une époque ou un personnage particulier ? Chacun de ces thèmes peut faire apparaître de nouveaux interlocuteurs.

Imaginons une création musicale autour des océans. Bien sûr, elle peut être proposée à des festivals de musique. Mais son sujet peut également intéresser un musée maritime, une structure travaillant sur l'environnement ou un événement consacré à la protection des océans. Le spectacle reste le même, c'est simplement la porte d'entrée qui change et parfois, le sujet constitue même un argument plus fort que le genre artistique, parce qu'il crée immédiatement un lien avec la mission ou la programmation de la structure.

Tu ne demandes donc plus seulement : « Qui programme mon genre de spectacle ? » mais : « Qui s'intéresse déjà à ce dont parle mon spectacle ? » Cette deuxième question peut ouvrir beaucoup plus de portes que la première.

Une petite forme peut avoir un très grand marché

On considère parfois qu'un spectacle léger techniquement est un spectacle aux possibilités limitées mais pour la diffusion, c'est souvent exactement l'inverse. Un spectacle qui demande peu d'espace, peu de matériel, une installation rapide et une équipe réduite peut entrer là où une production plus lourde ne le pourrait pas. Une médiathèque ne possède peut-être ni scène ni régie. Un musée ne peut pas accueillir un décor imposant. Une petite association n'a pas les moyens techniques d'un théâtre. Mais tous peuvent devenir des programmateurs potentiels si ton spectacle s'adapte facilement à leurs contraintes.

C'est ainsi que s'ouvrent des circuits très différents : bibliothèques, écoles, lieux patrimoniaux, espaces d'exposition, petites structures culturelles ou associatives. Prospectacles recense justement des milliers de médiathèques et de nombreuses structures de transmission, de conservation ou d'animation qui peuvent accueillir des propositions légères.

Prenons un conteur autonome techniquement. Le vendredi, il peut jouer dans une médiathèque. Le samedi, participer à un petit festival. Le dimanche, raconter ses histoires dans la cour d'un château. Trois lieux très différents mais un seul spectacle, suffisamment souple pour s'adapter à chacun d'eux. Cette légèreté facilite aussi la tournée : moins de matériel à transporter, moins de contraintes d'installation et davantage de lieux accessibles.

Ce que tu considérais peut-être comme une faiblesse, être une petite production, peut donc devenir l'un de tes meilleurs atouts pour la diffusion.

Le lieu improbable peut t'offrir un autre public

Jouer dans des lieux différents ne permet pas seulement de trouver de nouvelles dates, cela permet aussi de rencontrer de nouveaux publics car tout le monde ne fréquente pas les théâtres ou les salles de spectacle. 

Certains spectateurs peuvent être intimidés par ces lieux, ne pas avoir l'habitude d'y aller ou simplement ne pas penser à consulter leur programmation. En revanche, ils fréquentent une médiathèque, visitent un musée, participent à une fête locale ou profitent d'une journée dans un site touristique et c'est là qu'ils peuvent découvrir ton spectacle presque par hasard.

Imaginons une représentation organisée dans la cour d'un château pendant une manifestation patrimoniale. Une partie des visiteurs est venue pour découvrir le lieu, pas pour assister à un spectacle. Pourtant, elle s'arrête, écoute quelques minutes… et reste jusqu'à la fin. Tu viens de toucher des personnes qui n'auraient peut-être jamais acheté spontanément une place dans un théâtre. C'est tout l'intérêt de ces lieux inhabituels : tu ne cherches plus seulement à convaincre le public de venir jusqu'à ton spectacle.

Tu installes ton spectacle là où le public se trouve déjà. Et cette rencontre peut être précieuse : elle fait découvrir ton travail au-delà du cercle des spectateurs habituels et peut donner envie de te retrouver ailleurs. Changer de lieu ne signifie donc pas seulement trouver une nouvelle scène.

Cela peut aussi signifier changer de public sans changer de spectacle.

Moins évident peut aussi vouloir dire moins encombré

Les circuits traditionnels du spectacle vivant sont très sollicités. Un théâtre ou un festival peut recevoir un nombre considérable de propositions. Et même un excellent spectacle peut facilement se retrouver noyé parmi des dizaines d'autres dossiers. Explorer des lieux moins évidents ne garantit évidemment pas d'être programmé mais cela permet parfois de rencontrer des interlocuteurs beaucoup moins sollicités par les artistes.

Imaginons que tu souhaites tourner dans un département. Tu peux naturellement contacter ses théâtres et ses salles culturelles. Mais pourquoi t'arrêter là ? En élargissant ta recherche, tu peux aussi repérer les médiathèques, les sites patrimoniaux, les structures touristiques ou les manifestations locales susceptibles d'avoir une bonne raison d'accueillir ton spectacle. Tu ne renonces pas aux circuits traditionnels, tu ajoutes simplement d'autres chemins à ta prospection et certains peuvent se révéler particulièrement intéressants parce que la concurrence y est différente et que ta proposition répond à un besoin précis.

C'est finalement une question de stratégie. Lorsqu'une porte est encombrée, il n'est pas toujours nécessaire d'envoyer davantage de mails, de multiplier les relances ou de pousser plus fort, il peut être plus malin de regarder s'il existe une autre entrée.

Ne demande pas seulement : « Peuvent-ils m'accueillir ? »

Élargir son marché ne signifie pas contacter tous les lieux originaux que l'on découvre. Un musée, une médiathèque ou un site patrimonial n'est pas automatiquement un bon prospect simplement parce qu'il peut accueillir un spectacle. Il faut encore qu'il existe une vraie rencontre entre ton projet et le lieu.

Son public correspond-il au tien ? L'espace est-il adapté ? Les contraintes techniques sont-elles compatibles ? La structure dispose-t-elle d'un budget ? Programme-t-elle à la période qui t'intéresse ? Et surtout : pourquoi aurait-elle envie d'accueillir précisément ton spectacle ?

C'est là que l'annuaire prend tout son intérêt. Il ne sert pas simplement à accumuler des adresses. Il permet de filtrer les structures selon différents critères, localisation, type de lieu, période, capacité ou programmation, afin de constituer des groupes réellement cohérents avec ton projet.

Prenons un musée. Le fait qu'il organise occasionnellement des animations ne suffit pas à justifier l'envoi de ton dossier. En revanche, s'il prépare une exposition sur un sujet directement lié à ton spectacle et propose régulièrement des événements autour de ses collections, tu disposes soudain d'une excellente raison de le contacter.

La différence est importante car tu ne lui écris plus simplement parce qu'il peut accueillir un spectacle, tu lui écris parce que ton spectacle peut avoir du sens chez lui. Le but n'est donc pas de remplacer le démarchage massif des théâtres par le démarchage massif des musées, des médiathèques ou des offices de tourisme. Ce serait simplement déplacer le problème.  Élargir son marché, ce n'est pas chercher partout, c'est découvrir tous les endroits où ton spectacle a une vraie raison d'être.

Conclusion

Ton marché ne se limite pas aux théâtres, aux salles de spectacle et aux festivals. Il est constitué de toutes les structures qui peuvent avoir une bonne raison de programmer ce que tu proposes. Une médiathèque pour ton sujet, un musée pour son exposition, un site patrimonial pour son histoire, une collectivité pour son événement…

Cela demande simplement de regarder ton spectacle autrement. Non plus seulement par son genre artistique, mais par son sujet, son format, son public et les usages qu'il peut offrir à celui qui l'accueille.

Alors, lorsque les portes habituelles semblent saturées, inutile de frapper toujours plus fort, Élargis plutôt ton regard. Ton prochain programmateur ne dirige peut-être pas un théâtre et ta prochaine scène ne ressemble peut-être pas encore à une scène.

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