Pourquoi les médias parlent (ou non) de ton spectacle

Pourquoi les médias parlent (ou non) de ton spectacle

Comprendre la logique de la presse pour mieux exister

Tu as un spectacle. Tu y as mis du temps, de l’énergie, une part de toi. Tu écris un mail. Tu envoies un communiqué. Tu contactes quelques journalistes. Et… rien. Pas de réponse. Pas d’article. Parfois même pas un refus. Alors une idée s’installe : “Ils ne s’intéressent pas à mon travail.” Mais la réalité est plus simple.

La presse ne cherche pas des spectacles

Un journaliste ne se lève pas le matin en se disant : “Quel spectacle vais-je mettre en avant aujourd’hui ?” Il se dit : “Quel sujet vais-je proposer à mes lecteurs ? » Et ça change tout parce que dans cette logique ton spectacle n’est pas une finalité. C’est une matière, un point de départ, un prétexte à raconter quelque chose

Ton spectacle n’est pas ce que tu vends à la presse mais c’est ce qui permet d’écrire une histoire.

Le filtre invisible des journalistes

Chaque jour, un journaliste reçoit des dizaines de mails, des communiqués, des invitations, des relances Il ne lit pas tout. Il scanne. Et son cerveau ne se pose pas la question “est-ce que c’est un bon spectacle ?”ou « cet artiste a-t-il du talent ? » Mais : «est-ce que ça va intéresser mes lecteurs ? » 

Pour la presse, la qualité artistique n’est pas le premier filtre. C’est l’intérêt éditorial qui prime. 

Ce qui déclenche vraiment un article

Pour qu’un journaliste s’arrête puis écrive, il faut quatre choses : un angle clair, un lien avec le territoire, une actualité et une singularité.

1 - Un angle clair

Il faut passer d’une description à un sujet  et c’est là que tout se joue car beaucoup d’artistes décrivent leur spectacle mais très peu proposent un sujet. Or, pour un journaliste, ce n’est pas la même chose du tout.

Une description répond à la question : “Qu’est-ce que c’est ?” Elle parle de la forme, du genre, du contenu. Par exemple : “Un spectacle de danse contemporaine sur le corps et l’identité” ou “Une pièce de théâtre autour des relations familiales” ou encore : “Un seul en scène sur le burn-out” . C’est juste mais ça ne suffit pas parce que c’est statique et surtout, parce que ce n’est pas racontable.

Le sujet répond à une autre question : “Qu’est-ce qu’on peut raconter à partir de ça ?” Il met alors en lumière un enjeu, un contexte, une tension, une histoire. Par exemple :“Une création inspirée de témoignages de soignants après la crise sanitaire”, “Une pièce qui explore la mémoire ouvrière d’un territoire en disparition”, “Un spectacle né d’un burn-out et construit à partir de récits réels” On n’est plus dans la description. On est dans quelque chose qui peut devenir un article.

La description ne fonctionne pas parce qu’elle oblige le journaliste à faire lui-même le travail. Il doit deviner l’angle, trouver l’intérêt, imaginer le lien avec ses lecteurs et il ne le fera pas. Pas par manque d’intérêt mais par manque de temps.

Le sujet fonctionne parce qu’il est immédiatement exploitable.Le journaliste peut déjà imaginer un titre, un angle d’article, une accroche. Tu lui facilites le travail et c’est exactement ce qu’il attend.

La presse ne relaie pas des descriptions; elle relaie des sujets. Et ce passage de l’un à l’autre est souvent ce qui fait toute la différence entre un mail ignoré… et un article publié.

2. Un lien avec le territoire

Le journaliste doit voir immédiatement que son article concernera ses lecteurs. 

C’est un réflexe simple :“Est-ce que ça parle d’ici ?”. Est-ce que cela touche des lieux connus, des habitants, une histoire locale, une réalité du territoire ? Si la réponse est floue il passe à autre chose.  Beaucoup de messages restent ainsi trop génériques.“Un spectacle sur la mémoire”, “Une pièce sur la transmission”, “Une création autour du travail” C’est juste mais ça pourrait être joué partout donc ça ne concerne personne en particulier. Pour un journaliste local, c’est insuffisant car il ne cherche pas seulement un thème, il cherche un ancrage. Quelque chose qui lui permet de dire : “Ça se passe ici. Ça parle d’ici. Ça concerne mes lecteurs.”

Quand le lien avec le territoire existe il suffit de le rendre visible. Par exemple : “Un spectacle sur la mémoire du travail” devient : “Un spectacle inspiré de témoignages d’anciens salariés de l’usine X, fermée il y a 15 ans dans la région”. Le journaliste voit immédiatement un lieu, une histoire et des lecteurs concernés

Quand ce lien n’existe pas il est toujours possible de le créer en parlant : du lieu de représentation, en reliant le sujet à une réalité du territoire ou en créant une rencontre avec les habitants. Par exemple “Un spectacle sur la ruralité présenté dans une commune qui a perdu la moitié de ses commerces en 20 ans”

Le journaliste ne cherche pas seulement une bonne histoire, il cherche une histoire qui parle à ses lecteurs et ce lien doit être visible immédiatement.

3. Une actualité

Sans actualité, il n’y a pas d’article mais une actualité  n’est pas synonyme de “mon spectacle existe”.

Un spectacle qui existe depuis un an, même très bon, n’est pas une information. Pour un journaliste, ce n’est pas nouveau donc ce n’est pas prioritaire. L’actualité, c’est ce qui crée un moment. Quelque chose qui justifie d’en parler maintenant  et pas dans trois mois. L’actualité, ce n’est pas le spectacle, c’est ce qui se passe autour de lui, ici et maintenant.

Ce peut être : une première (création, sortie, lancement), une date exceptionnelle (passage unique, événement rare), une arrivée sur un territoire (première fois dans une ville ou une région), une résidence ou un travail en cours (avec ouverture au public), une collaboration inhabituelle, un lien avec un événement plus large (festival, commémoration, actualité sociétale…) C’est ce qui répond à la question implicite : “Pourquoi j’en parlerais aujourd’hui ?” Par exemple “Je tourne avec ce spectacle depuis 2 ans.” C’est important mais pour un journaliste, ce n’est pas une information. En revanche : “Le spectacle arrive pour la première fois à Niort après deux ans de tournée.” Là, il y a une raison d’en parler maintenant.

4. Une singularité

Il faut un relief, un détail qui accroche parce que, du point de vue du journaliste, tout se ressemble très vite. Des spectacles il en reçoit tous les jours sur des thèmes souvent proches avec des formes parfois similaires; et si rien ne dépasse, rien ne reste. Le journaliste ne cherche pas forcément quelque chose d’extraordinaire mais quelque chose de repérable immédiatement. Quelque chose qu’il peut résumer en une phrase : “Ah oui, c’est le spectacle qui…”

Ce qui crée cette singularité ce peut être par exemple un dispositif inhabituel (chez l’habitant, en forêt, en silence, en déambulation…), un sujet traité de manière incarnée (l’exil raconté à partir d’histoires réelles…), une contrainte forte (spectacle à l’aveugle, sans paroles, avec un seul objet, dans un espace réduit…) Ce sont des éléments simples mais ils donnent une forme claire au spectacle. Et c’est essentiel parce que la singularité agit comme un raccourci. Elle permet au journaliste de comprendre rapidement, de mémoriser facilement et de raconter simplement. Sans cela, le spectacle reste flou et le flou ne se transmet pas.

Conclusion. 

La presse n’est pas une cible : c’est un relais. Un journaliste ne programme pas, ne valide pas, ne choisit pas un spectacle. Il choisit une histoire à raconter. Il ne s’agit pas de le convaincre mais de lui proposer cette histoire.

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